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Cinq BD sur l’autisme pour aborder cette thématique de manière ludique

Il est rare que je publie autre chose que du contenu scientifique, que ce soit des traductions ou des résumés d’études. Cependant j’adore les BD et je trouve que ce support peu être un formidable instrument d’information et de démocratisation de certaines connaissances sur l’autisme. C’est pourquoi j’ai voulu écrire un article qui regroupe les principales BD sur l’autisme.

Si ces BD parlent d’autisme, elles n’en restent pas moins des témoignages, des histoires personnelles, souvent romancées ou simplifiées pour qu’elles soient plus immédiatement accessibles à la compréhension. Elles n’ont pas vocation à édicter des faits scientifiques (sauf peut être Camouflage, the hidden lives of autistic women) mais elles partagent des tranches de vie, interrogent avec humour un système peu adapté d’accompagnement, et présentent les difficultés et les compétences des personnes autistes.

Ces BD sur l’autisme peuvent servir à entrer en contact avec la thématique de l’autisme de manière ludique, pour des enfants, des jeunes adolescents ou encore des personnes adultes peu informées sur le sujet.

Je remercie Géraldine Au Bois Dormant qui m’a fait découvrir la plupart de ces BD sur l’autisme, qui a accepté d’écrire cet article avec moi et s’est beaucoup investie dans ce projet.

Ted, drôle de coco

Auteur: Émilie Gleason

Édition : Atrabile

Format : 17×24 cm – 128 pages – BD

Public adulte ou adolescent mature. Attention,
ce livre aborde des thématiques sensibles comme le suicide, les violences
sexuelles, le harcèlement. Elles sont abordées avec humour mais peuvent heurter
les personnes sensibles.

Publication : août 2018

Auteur :

Émilie Gleason, née au Mexique en 1992,
est diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg et travaille également chez le
petit éditeur Ça et là. Ted, drôle de Coco, lui a été inspiré par
la vie quotidienne de son frère, autiste Asperger, diagnostiqué tardivement.

Émilie a souhaité relater la vie quotidienne particulière de Ted, autiste, et également exprimer sa peine et sa colère face aux différentes situations et réactions suscitées par l’autisme, encore trop souvent méconnu des services médicaux et de tous en général.

Distinction : Ted, drôle de Coco a reçu le Fauve Révélation au festival d’Angoulême 2019.

Résumé :

Quelques jours de la vie de Ted, très grand et très
mince, très énergique, qui court sur ses très longues jambes et dont le
comportement peut sembler étrange : le moindre changement le déroute, lui
crée des angoisses incommensurables et grippe toute la mécanique de ses
routines ancrées et sécurisantes.

Il « suffit » d’une panne de métro pour
que tout s’écroule, plus de cadre dans la vie rythmée de Ted, et ses
difficultés apparaissent envahissantes, handicapantes au quotidien.

Il faut trouver une solution pour aller travailler
à la bibliothèque, sans être en retard, et c’est un très grand défi pour Ted,
pour qui, changer de stratégie, trouver une solution à partir d’une situation
nouvelle, est très difficile.

Ted travaille à la bibliothèque où sa mémoire et
son sens du classement, en font un employé exemplaire, connaissant les détails
précis de chaque ouvrage / dvd référencés.

Mais le changement dans son quotidien lui fait
perdre pied et il part en congés dans sa famille.

Tout apparait comme envahissant, le contact avec
les autres, les odeurs, le bruit, les changements qui ont eu lieu dans la
maison de ses parents. Tout crée des angoisses chez Ted.

Un accident malheureux incite les parents de Ted à le conduire de nouveau chez un psychiatre qui lui prescrit une montagne de médicaments, cocktail détonnant qui le fait plonger dans un abîme de sensations, de vertiges, d’effets secondaires terrifiants, jusqu’à la perte de soi.

Les difficultés ne s’amenuisent évidemment pas, jusqu’à un
accident qui mènera Ted en institution, où on découvre le quotidien d’une
personne autiste, prise en charge au mauvais endroit.

Interprétation :

On peut penser à Mr Bean lorsqu’on commence à lire Ted. Mais très vite, on s’aperçoit que le fonctionnement de Ted, est régi par la routine, l’immuabilité, la logique, et que son mode de communication particulier induit un lien aux autres qui peut paraître très étonnant. 

Le quotidien, montre à quel point les particularités sensorielles de Ted sont problématiques, le changement très déroutant et la communication particulière. Les mots sortent tout seul, Ted dit toujours ce qu’il pense.

Cette BD sur l’autisme est teinté d’humour mais au fil des jours on s’aperçoit combien est difficile le quotidien des personnes autistes, pourtant indépendantes, pourtant en situation d’emploi, si les prises en charge potentielles ne sont pas adaptées, et si les personnes environnantes ne sont ni bienveillantes ni compréhensives. On comprend aussi combien les familles peuvent être désœuvrées et suivre les conseils de professionnels non avisés et ne connaissant pas l’autisme.

Le dessin vif, énergique, parfois violent, semble
créer un tourbillon, à l’image de l’énergie de Ted. Les couleurs, le son,
semblent envahissants, omniprésents, à l’image de ce que peuvent ressentir les
personnes autistes dans l’environnement extérieur ou face aux autres.

Certaines personnes sont sans couleurs, avant que
Ted ne leur accorde de l’importance. Importance qui peut devenir également
envahissante, tant le lien à l’autre peut être problématique pour la personne
autiste. L’attention de l’autre peut être perçue à tort, comme un sentiment beaucoup
plus fort, ce qui rend la relation problématique et incompréhensible.

Qu’apprend-on sur l’autisme ?

Les facettes de l’autisme apparaissent au fil des
pages : Les difficultés / particularités de communication, les besoins
d’immuabilité, les difficultés aux changements, les particularités
sensorielles, les pics de compétences dans des domaines spécifiques. Les
comorbidités fréquentes sont aussi évoquées, tels que l’anxiété, les TOC, les
troubles du comportement alimentaire.

Cette BD sur l’autisme dépeint le quotidien de personnes autistes et les accompagnements inadaptés qu’ils subissent parfois dans les structures médico-sociales ou psychiatriques. La dernière partie de l’ouvrage rappelle à quel point leur existence peut devenir tragique et aborde des thématiques comme la sur médication, la contention et l’enfermement.

Mais comment j’en suis arrivé là ?

Ted, drôle de coco



La différence invisible

Scénario : Julie Dachez – Illustrations : Mademoiselle Caroline

Éditions :  Delcourt

Format : 20×26 cm – 200 pages – BD – Tout public

Publication : août 2016

Prix : 23,95 €.

Auteur :

Julie Dachez est docteure en psychologie sociale,
auteure de la thèse : Envisager
l’autisme autrement : une approche psycho-sociale
. Elle a été
militante et conférencière pour les droits des personnes autistes. Son album la différence invisible, est inspiré de
sa propre histoire. Julie Dachez a été diagnostiquée autiste Asperger à l’âge
adulte.

Mademoiselle Caroline, est bloggeuse, illustratrice
et auteure de BD, dont plusieurs albums humoristiques et autobiographiques.

Résumé :

Marguerite a 27 ans et vit en couple, dans un appartement, avec un chien, et deux chats. Elle travaille dans une grande entreprise. Une vie qui semble ressembler à celles de beaucoup d’autres.

Mais Marguerite passe chaque jour par le même
chemin, à la même heure, n’entre que dans les magasins qu’elle connait, mange
les mêmes repas, porte les mêmes vêtements confortables, immuablement.

Elle supporte de plus en plus mal le bruit du bureau, les bavardages de ses collègues dont elle ne perçoit pas l’intérêt. Être avec du monde, le contact physique, les interactions, la pétrifie, de plus en plus. Elle ne comprend pas l’implicite, dit trop souvent ce qu’elle pense sans détour, a des rituels stricts qui s’ils ne sont pas accomplis, l’angoissent terriblement.

Marguerite aime le silence, ses animaux, la
quiétude, et personne ne semble la comprendre vraiment, on la critique, on la
juge, parce qu’elle est différente, dans sa façon d’être aux autres.

Face à ce tourbillon d’incompréhension, Marguerite
décide de consulter des spécialistes après avoir découvert le syndrome Asperger
en entrant la liste de ses particularités dans un moteur de recherche…

Marguerite doit frapper à plusieurs portes avant de
rencontrer des spécialistes de l’autisme qui vont confirmer ses doutes, après
des séries de tests adaptés. Elle se sent soulagée d’être comprise dans sa
différence, et va tenter d’adapter enfin sa vie, à ses réels besoins, pour
pouvoir s’épanouir sereinement.

Interprétation :

Dans cette BD sur l’autisme, Julie Dachez a retracé son cheminement vers l’autisme au travers de son parcours de vie. Elle nous fait comprendre combien la vie quotidienne peut-être laborieuse et éprouvante. Même les personnes proches : famille, amis, conjoints, et les collègues de travail, ne peuvent imaginer réellement les efforts que ces adaptations demandent.

Julie Dachez nous montre également qu’elles sont les difficultés souvent rencontrées dans la vie d’un couple autiste / non autiste.

Les difficultés de la personne autiste sont souvent
minimisées, voire ignorées. On peut souvent lui reprocher de ne pas faire
d’efforts, sociaux surtout, mais aussi sensoriels.

On impute ses difficultés à des traits de
caractère, et on lui prête une personnalité qu’elle n’a pas, pour finalement la
rejeter souvent. Comme les amis de son compagnon qui lui font comprendre
qu’elle est vraiment bizarre.

Julie Dachez nous montre aussi combien la pression sociale, peut être une grosse difficulté dans un couple.

La personne non autiste ayant des attentes sociales liées à des groupes, à une reconnaissance dans ce groupe, ce qui n’est pas un concept parlant à une personne autiste.

Les besoins d’isolement sensoriel ou interactionnel
de la personne autiste sont mal perçus, mal compris, ses difficultés de
communication peuvent être imputées à de l’impolitesse, et enfin, on voit
combien une personne non autiste ne peut imaginer à quel point une personne
autiste peut souffrir d’un environnement aussi peu adapté à ses besoins.

La mise en couleur uniquement en rouge, sur le fond
principalement noir de Mademoiselle Caroline, souligne les détails, puis les
envahissements émotionnels ou sensoriels si présents dans la vie des autistes.

Qu’apprend-on sur l’autisme ?

Cette BD sur l’autisme permet à un large public de comprendre ce que peuvent vivre certaines personnes autistes au quotidien.

Il permet également à ceux qui s’interrogent sur
l’autisme pour eux-mêmes, d’éventuellement se retrouver dans l’histoire de
Marguerite.

Y sont exprimées les principales difficultés de
l’autisme : les interactions sociales, la communication, les difficultés
de compréhension des codes sociaux, des implicites, les particularités
sensorielles, les besoins de cadres, de rituels, de routines, les intérêts
particuliers qui permettent de se ressourcer.

On apprend également combien le parcours diagnostique peut être compliqué, tant le nombre de spécialistes de l’autisme est faible, et les préjugés chez les autres, très nombreux.

 Marguerite a 30 ans. Elle aime les animaux, les journées ensoleillées, le chocolat, la cuisine végétarienne, son petit chien et le ronronnement de ses chats.

La différence invisible



Camouflage, the Hidden Lives of Autistic Women

Scénario : Sarah Bargiela – Illustrations : Sophie Standing

Éditions : Jessica Kingsley Publishers

Format : 17,6 x 1 x 23,4 cm – Livre illustré – Tout public

Publication : mars 2019 – 15.39 €.

Langue : actuellement ce livre n’est disponible qu’en anglais

Auteur :

Dr Sarah
Bargiela est une psychologue clinicienne spécialisée dans l’autisme. Elle a
également été une intervenante clé auprès d’enfants autistes. Elle s’est
spécialisée dans l’étude du profil féminin de l’autisme et est l’auteure de
plusieurs articles scientifiques sur le sujet.

Sophie
Standing est une illustratrice et conceptrice basée à Londres, spécialisée dans
les sciences humaines. Son style combine le numérique et le fait-main, avec un
accent mis sur la couleur riche, les textures et les concepts métaphoriques.

Résumé :

Les scènes du
livre s’appuient sur le regard d’Amy, une journaliste diagnostiquée à l’âge de
20 ans.

Elle dresse
tout d’abord un historique de la recherche scientifique sur les femmes autistes
et en présente les principales spécificités.

Pour mieux
comprendre le profil féminin de l’autisme, l’auteure et l’illustratrice nous
proposent de suivre le parcours de trois femmes :

  •  Paula, 24
    ans
  • Ellie, 19 ans
  •  Mimi, 30
    ans

Celles-ci vont
évoquer différents moments de leur vie de l’enfance à l’âge adulte en passant
par l’adolescence.  Elles racontent leurs
relations avec leur famille et la manière dont leurs comportements sont perçus.

Elles évoquent
aussi des moments douloureux vécus à l’école et les relations complexes, aussi
bien avec les enseignants qu’avec les autres élèves.

Paula, Ellie
et Mimi expliquent également comment leur manque de compréhension des règles
sociales et leur naïveté peut les mettre en danger dans certaines situations où
les autres profitent de leur vulnérabilité.

Elles
concluent en expliquant que leur intérêt spécifique et la connaissance de leur
condition leur a permis d’améliorer leurs relations sociales en se liant avec
des personnes qui comprennent leurs particularités de fonctionnement.

Interprétation :

Cette BD sur l’autisme aborde de manière simple l’ensemble des spécificités féminines de l’autisme en commençant par le biais de sexe existant dans le recrutement qui composent les échantillons des chercheurs.

Quatre
thématiques sont traitées :

  1. Tu n’es pas autiste : cette partie aborde la difficulté à faire reconnaitre les traits autistiques des femmes parce qu’ils se présentent souvent sous une autre forme que celle habituellement connue par les cliniciens
  2. Faire semblant d’être normale : qui montre à quel point les femmes autistes font des efforts pour s’adapter aux attentes. Mais il est aussi question des échecs car cela ne fonctionne pas toujours et c’est le fruit d’un apprentissage qui croise plusieurs stratégies
  3. De la passivité à l’affirmation de soi : les femmes autistes mettent en place des apprentissages pour se protéger de leur vulnérabilité liée au manque de compréhension des situations sociales, notamment en prenant part à des groupes de parole.
  4. Une identité sociale basée sur les passions : comment les femmes autistes utilisent leur intérêt spécifique pour créer des relations sociales ou trouver une place dans le monde du travail

I was told ‘all girls like ponies, that’s not a special interest’ which wasn’t true. I knew far more about ponies than anyone else in the riding school. I also loved collecting things, my biggest collection being my bottle tops…

Paula in Camouflage the hidden lives of autistic women

Traduction libre : On m’a dit «toutes les filles aiment les poneys, ce n’est pas un intérêt spécifique», ce qui n’était pas vrai. J’en savais beaucoup plus sur les poneys que n’importe qui à l’école d’équitation. J’ai aussi adoré collectionner des objets, ma plus grande collection étant mes bouchons de bouteille …

Ce que l’on apprend sur l’autisme :

Cette BD sur l’autisme est un livre illustré qui s’appuie sur les dernières études scientifiques concernant le phénotype autistique féminin. Il vulgarise les principales avancées qui ont émergé durant ces dernières années et qui permettent une meilleure connaissance de l’autisme et des différences qui peuvent exister avec le profil masculin.

Il en ressort une présentation précise et réaliste des femmes autistes, loin de certains stéréotypes que l’on rencontre parfois dans les médias. Le fait que la partie narrative s’appuie sur les témoignages de trois femmes autistes rend le discours dynamique en mettant en scène des actes de la vie courante et des expériences dans lesquelles chaque femme autiste peut se reconnaitre. Le talent graphique de Sophie Standing illustre parfaitement les différentes parties du livre et donne vie aux personnages et à leurs aventures. Certaines planches sont remarquables et permettent de saisir en un regard le fonctionnement sensoriel des personnes autistes ou les différences entre le phénotype masculin et féminin de l’autisme.



Les petites victoires

Auteur : Yvon Roy

Éditions : Rue de Sèvres

Format : 25,5 x 1,4 x 18,5 cm – 160 pages – BD – Adolescent/adulte

Publication : mai 2017 – 17 €.

Auteur :

Yvon Roy est
un auteur et illustrateur canadien. Il a réalisé, en collaboration avec
Jean-Blaise Djian, l’adaptation en bande dessinée du roman phare d’Yves
Thériault, Agaguk, ainsi que
plusieurs contes pour enfants. Il a été président de l’Association des
illustrateurs du Québec. Il vit au Québec, près de Montréal.

Résumé :

Les Petites Victoires est un roman autobiographique. C’est l’histoire de Marc, Chloée et leur enfant autiste Olivier. L’histoire débute à la naissance d’Olivier. Les premiers mois se déroulent normalement et toute la famille est heureuse. Mais au bout de quelques temps, les parents s’interrogent sur le fonctionnement de leur enfant car il ne semble pas répondre aux sollicitations et au monde qui l’entoure. Après des tests réalisés par des professionnels, le diagnostic tombe comme un couperet pour la famille : leur fils est autiste. L’annonce est vécue brutalement par le père qui traverse une période difficile. Il se sépare de sa femme Chloé. Petit à petit il va accepter le diagnostic de son fils et entrer en relation avec lui pour essayer de l’accompagner vers plus d’autonomie.

Interprétation :

Cette BD sur l’autisme aborde plusieurs thématiques rencontrées par les familles ayant un enfant autiste, telles que l’annonce du diagnostic, les difficultés de la vie quotidienne et les essais d’apprentissage par essai-erreur.

On y voit
aussi les moments complices partagés par un père et
son fils et sa volonté que son fils soit heureux et trouve une place au sein de
la société.

Par certains côtés, Marc
remet en question les techniques d’apprentissages classiques qui lui sont
proposées : pictogrammes, timer… pour tester ses propres méthodes
éducatives.

Certains de
ces apprentissages ont entrainé une polémique lors de l’adaptation de la BD en
film, le père étant perçu comme essayant de normaliser son fils quand il lui
apprend à regarder les personnes dans les yeux ou à accepter un câlin.

Ce que l’on apprend sur l’autisme :

Cette BD sur l’autisme nous apprend quelques caractéristiques de l’autisme comme les difficultés lors des transitions entre les activités, lors des changements dans la routine ou encore l’écholalie.

On y voit également comment Marc essaye de gérer les comportements défis et les émotions parfois débordantes d’Olivier.

Il sensibilise également ses camarades sur ses comportements afin qu’il soit mieux accepté et puisse se faire des amis.



Les fabuleuses aventures d’Aurore Tome 1

Textes : Douglas Kennedy – Dessins : Joann Sfar

Éditions : PKJ Pocket Jeunesse –

Format : 16,7×23,1 cm – 240 pages – Roman jeunesse illustré – Tout public

Publication : mars 2019 – 16,90 € – 1er tome d’une trilogie.

Auteur :

Douglas Kennedy est l’un des romanciers américains préférés des
Français. Il s’est imposé avec, entre autres, Piège nuptial, L’homme qui
voulait vivre sa vie, Les désarrois de Ned Allen, La poursuite du bonheur

et Cet instant-là. Il décrit souvent de manière acerbe certains aspects
des États-Unis.

Les fabuleuses aventures d’Aurore est son premier livre
jeunesse. Son fils Max, est autiste.

Joann Sfar, dessinateur de presse, chroniqueur radio, cinéaste, a
publié de nombreux succès parmi lesquels Le chat du rabbin, Donjon et Petit
vampire
. Saluée à la fois par la critique et par le public, son œuvre a
remporté de nombreux prix, notamment à Angoulême

Résumé :

Aurore a onze ans. Elle ne va pas à l’école
« normale », car elle ne parvient pas à parler. Très intelligente,
elle apprend avec Josiane, sa préceptrice, a communiquer à l’aide d’une
tablette.

Aurore s’échappe quand elle le souhaite, dans son
Sésame, pays imaginaire où tous sont heureux, et sourient. Là, elle sait parler
avec son amie imaginaire Aube, amie qui la guide également, invisible aux
autres, dans le « monde dur » qui est le nôtre.

On vit au rythme de la grande sœur d’Aurore, Émilie, sa Maman et son Pap’ qui sont séparés mais toujours amis. Et Lucie, la copine d’Émilie, très forte en maths et trop grosse pour être bien dans son corps. Lors d’une sortie à Monsterland organisée par la maman d’Aurore, Lucie est victime d’une bande de filles moqueuses, les Cruellas, et elle disparaît. Aurore parvient à se défendre, mais pas Lucie, dévastée par cette méchanceté :

Tu ressembles à un gros tas de fromage qu’on aurait laissé dégouliner au soleil.

Dorothée, une des Cruellas

Disparition, fausse piste, enquête : Aurore va bientôt faire la connaissance de l’inspecteur Jouvet, à qui elle s’allie, avec d’autres laissés pour comptes, parce que différents des autres, pour retrouver Emilie.

Interprétation :

Je ne voulais pas créer un personnage défini par l’autisme, mais plutôt une héroïne qui utilise ce trouble d’une manière remarquable. Aurore est une enfant qui saisit avec acuité les problèmes des autres. Elle-même se perçoit exempte de tristesse, de douleur… Alors elle estime qu’il est de son devoir d’aider les autres 

Douglas Kennedy

C’est une belle histoire, avec une petite fille pleine du sens de la justice et de l’aide qu’elle peut apporter aux autres. Sa lecture des autres est peut-être une allégorie de ce qu’il se passe à l’intérieur des autistes sans qu’ils arrivent à l’exprimer, et cet ouvrage est très beau et très humain. Il prône l’acceptation de la différence, l’entraide, la solidarité, l’inclusion. Et le monde imaginaire d’Aurore est de ceux dans lesquels on aime se plonger pour apprendre à accepter le gris du monde dur.

Les aquarelles de Joann Sfar sont dynamiques et douces à la fois. Aurore a de grands yeux, qui lui permettent de « lire les pensées des autres ». Les expressions des personnages sont exprimées de façon simples et claires, la magie du monde d’Aurore est brillamment illustrée.

Qu’apprend-on sur l’autisme ?

Il ne s’agit pas d’un livre didactique sur l’autisme mais d’une fiction, qui met en scène une petite fille autiste non verbale. S’il est loin des ouvrages typiques sur l’autisme, il montre combien les personnes autistes non verbales ont des capacités intellectuelles fantastiques, et un sens de l’altruisme très vif, ce qui diffère des croyances trop souvent admises, que le fait de ne pas parler, induit forcément une déficience intellectuelle.

Josiane a dit :
-Je vais t’apprendre quelque chose d’important, Aurore : tu n’es pas responsable du bonheur des autres. Tout comme ils ne sont pas responsable du tien.
– Mais je peux les aider à être heureux ?
– Tu peux essayer. C’est formidable de vouloir aider les autres, mais tu ne peux pas forcer les autres à voir la vie en rose. C’est à eux de le faire.

Dialogue entre Aurore et Josiane

Ces BD sur l’autisme peuvent être l’occasion de sensibiliser un proche sur l’autisme, ou juste de l’inviter à passer un bon moment en compagnie de ces personnages attachant.